(Cinéma) Le tour du monde en 80 jours, de Samuel Tourneux

Pour son premier long-métrage au poste de réalisateur, Samuel Tourneux entreprend une relecture animalière et vitaminée du célèbre ouvrage de Jules Verne dans un film en images de synthèse qui fleure bon le dépaysement. Le tour du monde en 80 jours nouvelle mouture est une fable narrativement conventionnelle (mais est-ce un mal ?) qui n’en demeure pas moins riche en rebondissements pour plaire au jeune public auquel il s’adresse. C’est assurément une belle proposition animée pour le mois d’août qui débute ! 

Résumé Passepartout, un ouistiti naïf mais plein d’entrain, rêve de partir à l’aventure depuis toujours. L’occasion se présente sous la forme de Phileas Frog, un explorateur vanneur et arnaqueur, et d’un pari à plusieurs millions : établir le nouveau record du tour du monde en 80 jours. De déserts brûlants en jungles mystérieuses, de princesses intrépides en criquets adorateurs de volcan, Passepartout va découvrir à quel point le monde est vaste, merveilleux et dingo.

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

L’histoire, on la connaît : un jeune personnage plein d’enthousiasme part à l’aventure avec un explorateur scrupuleusement méthodique pour faire le tour du monde et découvrir des contrées exotiques. Comme dans le roman d’origine, Passepartout, devenu pour l’occasion un jeune ouistiti, vole la vedette, d’autant plus qu’il introduit le film et le dynamise grâce à l’intrigue émancipatoire qui le relie à sa mère autoritaire (intrigue évidemment absente de l’ouvrage originel). Le scénario concoctée par Gerry Swallow et David Michel prend de nombreuses libertés nécessaires avec le matériau littéraire mais en garde les lignes essentielles, qu’il s’agisse de l’antagoniste Fix (devenu un rongeur pour l’occasion) ou bien du sauvetage d’une jeune femme vouée au sacrifice. XXIème siècle oblige, la jeune femme est désormais combattive et inventive et Phileas F(r)ogg est plus « cool » que son homologue littéraire. 

Sur le plan graphique, on ne peut que saluer la beauté des décors et des effets naturels, à l’image de l’eau ou de la fumée, qui se colorent de teintes picturales charmantes contrastant avec la modélisation parfois frustrante des personnages animés (l’antagoniste Fix est sommairement détaillée). A titre d’exemple, une scène d’action sur le toit d’un train en marche rivalise d’ingéniosité pour nous intriguer et sublimer une jungle luxuriante. Les plus jeunes se prendront au jeu de l’aventure balisée tandis que les plus grands se surprendront à goûter l’apparat soigné du long-métrage made in France, d’autant plus que les décors sont évidemment variés. Avec un tel sujet narratif, il ne pouvait en être autrement et les personnages traversent une multitude d’ambiances propres à l’émerveillement : village portuaire embrumé, désert, ville orientale, jungle verdoyante, monts enneigés et bien d’autres encore. Mieux encore, les connaisseurs de l’oeuvre de Jules Verne pourront s’amuser des références qui y sont faites et des éléments empruntés.

©2021 - Cottonwood Media - Studiocanal – France 3 Cinéma – Umedia

La mise en scène se révèle aussi parfois ingénieuse, on pense alors au voyage d’une bouteille à la mer se permettant même l’incursion d’une courte scène en prises de vue réelles exacerbant la dimension contemporaine du récit que les dialogues ne pouvaient dissimuler. Entre réécritures et académismes (en témoigne l’inévitable séquence de montage pour conter avec ellipses les étapes du voyage des personnages de l’intrigue), le premier long-métrage de Samuel Tourneux est parfaitement efficace pour le public ciblé. Difficile alors d’échapper aux autres compromis du film familial, à l’image d’une chorégraphie finale sur un tube des années 90 (après son heure de gloire dans Space Jam en 1996, « Pump up the Jam » de Technotronic est de retour!)

Au final, Le Tour du monde en 80 jours de Samuel Tourneux est une belle aventure aux quatre coins du monde qui fait honneur au savoir-faire français bien que le récit peine à s’émanciper des conventions du genre et à trouver son identité propre sur le plan narratif. Mais tout cela est prometteur pour les prochains projets de l’équipe créative à la barre de cette production, et assurément un film à soutenir dès sa sortie en salles le 4 août !  

Nourri aux univers animés depuis la découverte de Kirikou et la sorcière en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012.

Laisser une réponse:

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Site Footer