(Critique) Les Contes du pommier de Patrik Pass Jr., Jean-Claude Rozec & David Sukup

Dans un paysage de l’animation souvent dominé par la surenchère technique, Les Contes du pommier fait le choix précieux d’un retour à l’essentiel : une animation en stop-motion artisanale qui rappelle combien la matière et le geste peuvent encore émerveiller.

Au cœur du récit, une transmission. Celle du conte, bien sûr, mais surtout celle d’un lien affectif que la disparition ne saurait rompre. Une petite fille, endeuillée par la perte de sa grand-mère, reprend le flambeau en racontant à son tour des histoires, comme un rituel réparateur. Le film embrasse alors une idée simple et profondément touchante : raconter, c’est continuer à faire vivre. Et dans ce geste, il y a autant de résilience que de création.

Cette dimension est d’autant plus belle qu’elle s’inscrit dans une logique collective. Les récits naissent d’un assemblage d’objets apportés par chacun, plongés dans ce chapeau devenu relique, vectrice d’imaginaire. Le film célèbre ainsi une forme de création partagée, où chaque contribution, aussi modeste soit-elle, participe à l’élaboration d’un monde. Une mise en abyme discrète mais éloquente du travail d’animation lui-même.

(c) Maur film, Artichoke, ZVVIKS, Vivement Lundi

Le premier conte frappe par sa justesse émotionnelle. Deux enfants, confrontés à l’accident brutal de leurs parents, trouvent dans la découverte d’un chat abandonné une forme de consolation fragile. La mise en scène, d’une grande finesse, s’attarde sur les détails : un bruit, une lumière, un objet du quotidien deviennent vecteurs d’émotion. La bande originale, délicatement ciselée, accompagne cette mélancolie sans jamais l’alourdir. Le film ose aborder la tragédie à hauteur d’enfant, sans simplification ni condescendance, et touche ainsi à une forme de vérité rare.

Le récit encadrant, près du pommier, agit en écho direct. Les enfants qui écoutent ces histoires y trouvent des clés pour apprivoiser leur propre deuil, tandis que la cabane du jardin renaît peu à peu, comme leurs cœurs en reconstruction. Une métaphore simple, mais d’une efficacité redoutable.

(c) Maur film, Artichoke, ZVVIKS, Vivement Lundi

Le deuxième conte, plus modeste dans son impact, explore les peurs enfantines à travers le parcours d’un jeune garçon anxieux. Si la portée émotionnelle est moins marquante, le récit fonctionne néanmoins grâce à une idée forte : comprendre l’autre, même monstrueux, pour mieux dépasser ses propres angoisses. Une approche douce, presque pédagogique, qui trouve sa place dans cet ensemble.

Enfin, le troisième segment apporte une respiration bienvenue. Plus léger, plus fantasque, il suit un vieil homme dans un envol littéral au-dessus des nuages. Ici, le film s’autorise une fantaisie colorée, presque aérienne, qui contraste avec les tonalités précédentes. L’humour y est plus présent, sans jamais rompre avec la poésie d’ensemble.

(c) Maur film, Artichoke, ZVVIKS, Vivement Lundi

Et puis, il y a cette étincelle. Celle qui ouvre le film, et celle qui le referme. Une idée simple mais essentielle : peu importe le médium, peu importe la forme, tant que les histoires continuent d’être racontées. Car ce sont elles qui nous relient, nous réparent, et, parfois, nous sauvent. Les Contes du pommier est de ces œuvres discrètes mais précieuses, qui rappellent avec délicatesse que l’animation, au-delà de la technique, est avant tout un art du cœur.

En salles le 8 avril 2026 via Gebeka Films.

Nourri aux univers animés depuis la découverte de "Kirikou et la sorcière" en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012 et est l'auteur d'un ouvrage somme sur la carrière de Michel Ocelot (chez Third Editions).

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