François Hollande à Annecy : des étudiants privés de MIFA.

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Confirmée à peine la veille au soir par son service de communication, le président François Hollande a débarqué en force au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, et plus particulièrement au MIFA (Marché International du Film d’Animation, donc) avec son service d’ordre qui a pris beaucoup de liberté sur nos chers étudiants…

Cette année, le succès du festival est colossal. Les rues de la ville d’Annecy sont pleines à craquer de festivaliers (on nous annonce plus de 9 000 accrédités) amoureux du cinéma d’animation mais aussi de professionnels réputés qui se donnent rendez-vous au MIFA pour négocier des contrats, des projets. Cette abondance de passionnés n’a pas fait peur à notre président puisqu’il est venu à la rencontre de professionnels du milieu, après un bref passage dans une pépinière d’entreprises à Cran-Gevrier, accompagné de la ministre de la culture Audrey Azouley et de son service d’ordre bodybuildé.

Des professionnels amusés

Cette venue, annoncée au dernier moment, n’a pas convaincu les professionnels du MIFA, conscients de cette récupération politique d’une « France qui va mieux« . Amusés, certains d’entre eux répondent même au journal La Croix « qu’il fasse cesser la pluie » à la question suivante : « qu’attendez-vous de la visite du président? ». Mieux : l’un d’entre eux nous a répondu avec une pointe de sarcasme « tiens, on a un nouveau stagiaire… ». La visite diplomatique du président, bien qu’accueillie sous quelques huées, aurait pu en rester la. Mais la véhémence du service de la sécurité a fait tourner au vinaigre cette escapade…

Des étudiants en colère

Voilà plus de trois mois que de vives discussions s’organisent autour de la modification de la convention collective appliquée au secteur de l’animation en France. Des changements soutenus par le SPFA, Syndicat des Producteurs de Films d’Animation, qui portent notamment sur la création d’un statut junior de l’avenant numéro 10 qui aurait pour effet de faire baisser les salaires des nouveaux arrivants. Une colère qui ne passe pas. L’AECA (Association des Étudiants en Cinéma d’Animation) et le collectif Velma composé de professionnels du milieu ont donc décidé d’organiser une semaine « orange » en signe de protestation. Le but? S’habiller ou porter un objet orange tout le long de la semaine du festival, mais plus particulièrement le vendredi 17 juin.

aeca-velma-affiche

Le hic? C’est que cette journée de protestation pacifique, bien qu’annoncée il y a près d’une semaine sur leur page Facebook, est tombée une journée après la venue du président. Mais le matériel de protestation était déjà porté ! Un hasard du calendrier qui n’a pas plu du tout au service d’ordre de Hollande qui a considéré que les porteurs d’un brassard orange, principalement des étudiants de l’EMCA d’après les dernières informations, étaient « une menace pour le président« . Rien que ça. Certainement une confusion avec les manifestations pour la loi travail. Les muscles sortis, les gardiens ont arrachés DÉFINITIVEMENT les badges/accréditations des porteurs. Pierre témoigne (source) :

On attendait pour rentrer au MIFA. C’est un moment important, on cale des rendez-vous des mois à l’avance pour rencontrer des studios et trouver des stages ou du travail. Ma copine avait un foulard orange. Ils l’ont mise à l’écart. J’ai demandé pourquoi. Finalement, tout le groupe a été mis de côté.

Thomas reprend :

On nous a confisqué nos accréditations. On a eu beau expliquer qu’une copine avait trois rendez-vous de travail importants pour du boulot, ils n’ont rien voulu savoir.

Une étudiante en troisième année raconte :

J’avais un foulard orange au poignet. Un étudiant qui sortait m’a dit de l’enlever. Il venait de se faire confisquer son accréditation à cause de ça. J’ai caché l’objet. Ils ont vu que j’étais étudiante et m’ont rappelée. J’ai fait demi-tour. Ils m’ont couru après pour me retirer mon accréditation. C’était violent. Heureusement, moi, j’ai pu aller au recrutement, grâce à quelqu’un de l’organisation qui a réussi à me faire rentrer.

Pierre reprend :

Au bout d’une bonne demi-heure, on a compris qu’on ne récupérerait pas nos accréditations. Ce mouvement, il était autorisé par le festival. C’était volontairement un mouvement pacifiste pour lutter contre un statut injuste qui ferait des jeunes sortis d’école une main-d’oeuvre sous-payée. 15,83 € de moins par jour. Ce serait une mauvaise concurrence pour les seniors.

Fort heureusement, la super équipe du staff du festival a réédité les badges récupérés injustement par le service d’ordre du président de la République pour que chacun puisse reprendre le cours des choses. Mais le mal est déjà fait : les rendez-vous professionnels ratés ne sont pas récupérables. Le festival, est plus particulièrement le MIFA, est l’occasion rêvée d’approcher au même endroit tous les plus grands noms du cinéma d’animation.

Une manifestation pacifique en plein Bonlieu

Théâtre principal du festival, Bonlieu a été le lieu de la contestation, animée par des étudiants de plusieurs écoles et des professionnels, hier soir pour évacuer la colère de s’être fait jeter de leur propre festival par le président, entre autres. Si vous suivez notre page Facebook, vous avez pu voir des photos et même une vidéo de cette manifestation. « SPFA, arrête ton cinéma ! » était le slogan chanté avec force et conviction par plusieurs centaines d’étudiants et des professionnels du milieu.

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

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