(Critique) David de Phil Cunningham & Brent Dawes

Et si on reprenait une belle dose d’espoir ? Quelques mois seulement après Le Roi des rois, qui perdait un peu en force à cause de son dispositif narratif convoquant la figure tutélaire de Charles Dickens, les studios Angel nous offrent David. Un film d’animation lumineux, pétri d’une foi sincère en l’humanité autant qu’en la légende biblique qu’il revisite. Nous sommes face à une œuvre animée portée par un souffle épique assumé, qui cherche moins à interroger le mythe qu’à le célébrer, avec une ferveur parfois naïve mais jamais cynique.

Résumé : David est un jeune berger drôle et pétillant, dont la voix envoutante émerveille sa famille et le roi Saül. Lorsque le géant Goliath vient terroriser son peuple, David, armé uniquement d’une fronde, de quelques pierres et d’une foi inébranlable, s’avance. S’ouvre alors le destin extraordinaire d’un simple berger devenu roi, qui par sa loyauté et son courage, sauva l’âme d’un Royaume. 

(c) Saje Distribution

Dès les premières minutes, le film enveloppe son spectateur d’une chaleur presque réconfortante, notamment par ses éclairages chaleureux et ses personnages principaux épris d’espoir. Mieux encore, le long-métrage est une comédie musicale, dans la plus grande tradition des films animés de notre enfance. La musique y joue un rôle central : souvent mièvre, parfois appuyée, elle n’en demeure pas moins étonnamment efficace. Le morceau Shalom, porté par un chœur de musiciens, agit comme un baume émotionnel, fédérateur, capable de rassembler les cœurs. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres ! La bande originale, résolument épique, embrasse sans retenue l’ampleur du récit et participe pleinement à cette lecture grandiose et sincère de la légende. Grandiloquente sur les partitions chantées, elle se révèle tout aussi puissante lors des tournants narratifs, à l’image des confrontations armées entre les Israéliens et les Philistins.

Le récit biblique, lui, est adapté avec une certaine pudeur. Le combat contre Goliath, pourtant sommet de l’imaginaire collectif, arrive très rapidement, presque comme une formalité, avant de céder la place à une partie du récit bien moins connue : l’ascension de David et la lente déchéance du roi Saül. Ce choix narratif a le mérite de déplacer le centre de gravité du film, mais il atténue aussi la cruauté et la violence brute de l’histoire originelle, comme si le long-métrage préférait le symbole à la tragédie. Cette approche symbolique de l’histoire ancestrale est d’ailleurs l’un des points forts du film. Grâce à de jolies métaphores visuelles et musicales qui émaillent le récit, à l’image de cette chanson sur la tapisserie (Tapestry) où David se décrit comme un simple « fil » au sein d’un vaste ensemble. Comment ne pas penser aussi aux fleurs rouges tapissant le champ dans lequel David et Goliath s’affrontent du regard ? Astucieuses métaphores du sang versé par les combats armés, elles disent tout avec poésie. David est assurément un film à la mise en scène soignée qu’il serait dommage de louper sur grand écran !

(c) Saje Distribution

Mieux encore, la mise en scène se révèle aérienne, ample, souvent dramatique, donnant chair aux écrits bibliques avec un certain panache. La chute de Saül, rongé par la jalousie et la peur de perdre le pouvoir, est particulièrement bien traitée. Le film aborde avec force les ravages de l’autorité et pose une question universelle : jusqu’où un homme est-il prêt à aller pour conserver sa couronne ? Une thématique puissante, assumant la puissance tragique de son propos quitte à laisser de côté quelques aspects plus sombres, divertissement familial oblige !

En effet, le scénario souffre parfois de sa propre foi. Les rebondissements s’appuient régulièrement sur le deus ex machina parfait qu’est la divinité des Israéliens, retirant une large part du suspense et de l’incertitude dramatique. David lui-même, héraut de Dieu plus que véritable personnage, manque peut-être d’un soupçon de profondeur et de contradictions. Il demeure avant tout un symbole, animé par l’espoir et la lumière, là où une caractérisation plus nuancée aurait pu enrichir l’ensemble et rendre le personnage plus consistant.

Malgré ces limites narratives (quasi inévitables), David est une œuvre animée portée par une sincérité désarmante. Un film qui croit profondément en son histoire, en ses personnages et en la capacité du mythe à encore émouvoir. Véritable fresque épique et musicale qui, sans réinventer le récit biblique, lui offre une incarnation animée généreuse, parfois maladroite, mais indéniablement habitée, le long-métrage de Phil Cunningham & Brent Dawes mérite sans aucun doute d’être découvert sur grand écran !

En salles le 18 mars 2026 via Saje Distribution.

Nourri aux univers animés depuis la découverte de "Kirikou et la sorcière" en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012 et est l'auteur d'un ouvrage somme sur la carrière de Michel Ocelot (chez Third Editions).

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