(Critique) Goat – rêver plus haut de Tyree Dillihay & Adam Rosette

Avec GOAT des studios Sony Pictures Animation (célébrés pour leur univers animé Spiderman, et à raison !), on est en terrain connu : celui du récit “outsider” ultra balisé, où un jeune talent marginalisé gravit les échelons jusqu’à devenir l’icône de son sport. La trajectoire de Will ne surprend jamais vraiment puisque dès les premières minutes, on devine déjà la ligne d’arrivée. Pourtant, difficile de nier que le film y met du cœur, notamment dans les motivations de son jeune héros, dont les aspirations et les doutes insufflent une sincérité bienvenue à une structure narrative très codifiée. Retour sur ce beau moment animé à vivre en famille !

Résumé : Will est un petit bouc avec de grands rêves. Lorsqu’il décroche une chance inespérée de rejoindre la ligue professionnelle de « roarball » – un sport mixte, ultra-intense, réservé aux bêtes les plus rapides et féroces du règne animal – il entend bien saisir sa chance. Problème : ses nouveaux coéquipiers ne sont pas franchement ravis d’avoir un « petit » dans l’équipe. Mais Will est prêt à tout pour bousculer les règles du jeu et prouver, une bonne fois pour toutes, que les petits aussi peuvent jouer dans la cour des grands.

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Là où le film se distingue nettement de son histoire traditionnelle, c’est dans son animation. La direction artistique est au poil et transforme chaque match de roar(basket)ball en véritable terrain d’expérimentation visuelle. Les arènes ne sont pas de simples décors : elles ne cessent de se métamorphoser en se fissurant, en s’embrasant ou en se démultipliant. Une arène glacée qui se craquelle au fil du match devient ainsi un enjeu dramatique autant qu’un spectacle graphique. L’animation est superbe, fluide, inventive, toujours en mouvement. Même la “ville” végétale impressionne par sa richesse organique et son sens du détail, presque plus inspirée que la très technologique Zootopie de The Walt Disney Company, à laquelle le film semble parfois vouloir répondre sans jamais le singer.

Le montage, nerveux et millimétré, épouse cette énergie permanente. L’humour décapant surgit aussi bien des personnages secondaires que du public, régulièrement mis en scène dans d’hilarantes scènettes. Le film ne se contente pas de viser les plus jeunes : quelques clins d’œil et blagues plus fines viennent clairement chercher les spectateurs adultes. Cette vivacité constante donne au film un rythme presque effréné, en phase avec notre ère contemporaine, quitte à flirter avec une forme de frénésie qui pourrait mal vieillir dans quelques années.

L’autre bonne surprise tient d’ailleurs dans le message global du film. Plutôt que de sacraliser l’individu, GOAT insiste sur la force du collectif. Will n’est jamais le seul héros de l’histoire ; ses coéquipiers évoluent en reprenant confiance en eux, à l’image de Jett, la « star » déjà en place de l’équipe. Apportant une nuance bienvenue au parcours de Will, elle se voit contrainte de lutter contre son orgueil. Elle incarne une autre déclinaison du récit sportif : celle de la rédemption tardive. En apprenant de ses erreurs passées et en acceptant de mettre son ego de côté pour le bien de l’équipe, elle s’offre enfin un titre mérité. L’arc est classique, presque scolaire, mais fonctionne grâce à la justesse de son écriture et à la subtilité de son animation. La mise en avant de l’équipe apporte une dimension émotionnelle réelle, même si elle reste parfois trop superficielle pour bouleverser durablement. L’émotion affleure, mais ne transperce jamais complètement. La faute à des membres d’équipe finalement caractérisés par d’uniques traits de caractère ?

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Ajoutons à cela une bande originale pétrie de titres hip-hop et R’n’B, qui accompagne parfaitement l’énergie des matchs et l’esprit urbain du film, et l’on obtient un divertissement généreusement familial. Certes, son manque de prise de risques narratif l’empêchera sans doute d’entrer dans les annales du cinéma d’animation mais par la qualité de son animation, son humour de tous les instants et son sens du spectacle, GOAT prouve qu’un film peut suivre une trajectoire attendue tout en offrant un show d’une redoutable efficacité.

En salles depuis le 11 février via Sony Pictures France.

Nourri aux univers animés depuis la découverte de "Kirikou et la sorcière" en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012 et est l'auteur d'un ouvrage somme sur la carrière de Michel Ocelot (chez Third Editions).

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