Tout commence par un premier gag révélateur – un titre apparaissant au-dessus d’une paire de fesses de bébé. Ainsi, sans subtilité aucune, Super Charlie annonce la couleur de son récit oscillant entre l’humour enfantin et l’aventure super-héroïque ! Ce qui pourrait n’être qu’un trait d’humour potache devient presque un manifeste esthétique puisque derrière cette entrée en matière humoristique se dessine un film qui peine à dépasser son propre postulat et son public cible. Un an et demi après sa sortie en Suède, le long-métrage arrive enfin dans les salles françaises, mais vaut-il la peine d’être découverte en famille ?
Résumé : Will âgé de 10 ans, a toujours rêvé de devenir un super-héros et de lutter contre le crime aux côtés de son père, policier. Mais, son rêve est brutalement remis en cause à la naissance de son petit frère Charlie. Non seulement ce nourrisson attire toute l’attention de la famille et au-delà, mais Will découvre que Charlie a des super-pouvoirs … Lorsqu’un super-vilain et un scientifique dérangé mettent en œuvre un plan diabolique, Charlie, coaché par son grand frère, va alors endosser le costume de super-héros pour sauver le monde !… Y parviendront-ils ?

L’histoire prend place dans une ville minée par une criminalité omniprésente : vols à répétition, harcèlement scolaire, police tournée en ridicule par les habitants. Comment faire respecter la loi dans un tel climat ? Le scénario convoque alors un ressort fantastique classique : le passage d’une comète confère des pouvoirs à un élu. Le bébé Charlie en bénéficie… tout comme des antagonistes plus risibles que véritablement menaçants. Sur le papier, l’idée ouvre la voie à une satire sociale ou à une réflexion sur la responsabilité du pouvoir. À l’écran, elle reste trop souvent à l’état d’esquisse en se concentrant surtout sur l’attitude un brin illogique des personnages.
A vrai dire, le cœur émotionnel du film réside ailleurs : dans le sentiment d’abandon du jeune Will. Avec l’arrivée de son petit frère Charlie, l’obsession créative de sa mère pour son livre et le manque de constance de son père, l’enfant se retrouve relégué au second plan. Cette dimension intime fonctionne bien mieux que l’intrigue super-héroïque, plus accessoire qu’autre chose. La fraternité entre Will et Charlie, faite de jalousies, de maladresses et de solidarité retrouvée, apporte au récit ses rares élans de sincérité. En toile de fond, une critique plus sombre affleure (et peut se targuer d’attirer la curiosité des plus grands spectateurs) : celle d’une police en voie de militarisation, équipée de gadgets high-tech censés éradiquer le crime. Le film esquisse une interrogation pertinente – vers quelle société se dirige-t-on lorsque la technologie sécuritaire devient argument politique et spectacle médiatique ? – mais n’ose jamais la creuser. Les politiques s’emballent, les médias applaudissent, et les enjeux se résolvent dans un affrontement un peu trop simple contre un malfrat vite neutralisé. Reste alors une enquête fraternelle pour démasquer les antagonistes, dont l’identité du grand ennemi réserve un twist étonnamment imprévisible.

Enfin, sur le plan technique, l’animation 3D est à l’image du reste : fonctionnelle mais jamais inspirée. Les textures sont propres, les mouvements lisibles, mais rien ne vient dynamiser la mise en scène ni renouveler le médium alors même qu’il s’agit d’une aventure épique sur le papier ! Comme tant d’autres productions calibrées de son genre, Super Charlie « fait le travail » sans jamais chercher à marquer durablement les esprits.
Au final, Super Charlie demeure une aventure super-héroïque modeste, portée par une belle relation fraternelle mais affaiblie par des enjeux trop simplistes et une réalisation sans éclat. Un divertissement familial qui se regarde sans déplaisir (surtout si l’on est un enfant), mais dont l’ambition reste à la hauteur de son humour d’ouverture : un peu trop au ras des couches pour prétendre à mieux.
En salles le 18 février 2026 via Gebeka Films.