(Critique) Walter Lapin de Caroline Origer

Dans le paysage du cinéma d’animation familial, Walter Lapin s’inscrit dans une tradition bien balisée : celle du récit d’aventure animalier destiné avant tout au jeune public. D’une durée de soixante-quinze minutes minutes environ, le film déploie un récit simple mais ponctué de plusieurs intrigues parallèles, cherchant à maintenir l’attention des spectateurs en multipliant les péripéties. Une stratégie narrative efficace, même si elle donne parfois l’impression de cocher les cases du cahier des charges du divertissement familial plutôt que de réellement chercher à surprendre.

Résumé : Walter est le chanceux papa d’une joyeuse bande de petits lapins. Un jour, après un gros choc, il perd la mémoire… et se met à croire qu’il est un véritable super-héros ! Ça tombe bien : sa voisine, une hérissonne intrépide, cherche justement un partenaire pour explorer le monde. Les voilà embarqués dans une incroyable aventure. Mais la bande de petits lapins n’a pas dit son dernier mot : pas question de laisser leur super-papa. Ils vont tout faire pour lui rappeler que, finalement, le plus cool des super-pouvoirs… c’est la famille !

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L’histoire repose notamment sur la rencontre entre Walter, lapin amnésique en quête de repères, et Lila, une jeune hérissonne en manque de figure paternelle et étouffée par les angoisses de son frère. Cette thématique de la surprotection familiale traverse l’ensemble du récit, et c’est sans doute là que le film trouve ses moments les plus touchants. La relation entre Walter et Lila fonctionne particulièrement bien : la petite cherche en ce lapin un père de substitution qui lui offrirait une ouverture sur le monde, loin du protectionnisme étouffant imposé par son frère dans leur refuge du phare.

Sur le plan de l’écriture comique, le film vise clairement les plus jeunes. L’humour se révèle souvent un peu bas de plafond, avec notamment quelques gags autour de pets, qui feront probablement rire les enfants sans réellement convaincre les adultes. L’amnésie de Walter sert également de moteur à plusieurs situations comiques, basées sur des confusions d’identité ou de souvenirs. Le procédé fonctionne par moments, mais laisse une impression de déjà-vu tant ce ressort narratif a été exploité, souvent avec davantage d’inventivité, dans d’autres productions d’animation. L’univers animalier n’échappe pas non plus à certains clichés du genre. On retrouve ainsi un chat dans le rôle de l’antagoniste principal. Une figure devenue presque systématique dans l’animation, comme si le médium s’acharnait à ériger les félins en ennemis naturels de tout le règne animal. Le film atténue toutefois ce schéma dans sa dernière partie, en accordant à l’animal une forme de rédemption bienvenue.

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Là où Walter Lapin déçoit davantage, c’est du côté de sa mise en scène. L’animation 3D se montre colorée et lisible, mais reste globalement médiocre, principalement à cause d’une réalisation très utilitaire. Les cadres et les mouvements de caméra remplissent leur fonction narrative sans jamais chercher une véritable expressivité visuelle. Il manque ce souffle poétique ou cette inventivité formelle qui permettraient de donner davantage d’épaisseur aux personnages et aux enjeux d’une histoire pourtant riche en possibilités émotionnelles. À l’inverse, le film assume pleinement sa dimension d’aventure dans son dernier acte. Après les péripéties chevaleresques et une course-poursuite en ville, le climax prend la forme d’une séquence d’action rythmée à bord d’un train, passage obligé de nombreux récits d’aventure. Cette scène, énergique et efficace, donne finalement au personnage de Walter l’impression d’avoir accompli ce dont il rêvait : vivre une véritable aventure.

En filigrane, le film aborde d’ailleurs une question intéressante pour un récit destiné à la jeunesse : celle des choix de parentalité. Walter, en retrouvant peu à peu sa mémoire et son identité, se confronte à une interrogation inattendue : ne passe-t-il pas à côté de sa vie et de ses aspirations en ayant choisi d’être père ? Une idée étonnamment mature pour ce type de production, même si le film préfère finalement revenir vers une résolution plus consensuelle. Comme souvent dans ce registre, l’histoire se conclut par une célébration collective où tous les personnages se retrouvent, scellant la morale du récit : la famille, l’amitié et la réalisation de ses rêves peuvent coexister.

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Au final, Walter Lapin demeure un divertissement honnête pour les plus jeunes, porté par quelques personnages attachants et une aventure rythmée. Mais malgré son univers coloré et ses intentions thématiques, le film peine à dépasser l’ambition minimale du divertissement familial classique. Faute d’une mise en scène plus inspirée et d’une animation véritablement expressive, il reste une production sympathique mais assez conventionnelle dans le paysage du cinéma d’animation contemporain.

En salles le 25 mars via KMBO Films.

Nourri aux univers animés depuis la découverte de "Kirikou et la sorcière" en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012 et est l'auteur d'un ouvrage somme sur la carrière de Michel Ocelot (chez Third Editions).

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