Le printemps n’arrive que dans quelques jours, mais avec le nouveau film des studios Pixar, l’espoir renaît déjà ! Avec Jumpers, l’équipe créative signe sans doute l’un de ses crus les plus réjouissants de la firme à la lampe de bureau. Grâce à une énergie comique particulièrement communicative, où les émotions se mêlent à un humour explosif, le long-métrage passionne. Le montage nerveux, les répliques qui s’enchaînent et une mise en scène pleine d’inventivité rivalisent d’idées pour faire naître un sourire qui ne disparaît jamais. Le film possède ce sens du timing comique que l’on croirait tout droit sorti d’un DreamWorks de la grande époque : gags visuels, ruptures de rythme et situations absurdes s’enchaînent avec une efficacité redoutable, donnant à l’ensemble un dynamisme constant qui ne faiblit jamais vraiment. Vous auriez tort de vous en priver !
Résumé : Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d’une manière totalement inédite… en se glissant dans la peau d’une adorable femelle castor. Conçu par des scientifiques visionnaires, ce dispositif permet de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature. Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes au cœur du règne animal.

Tout d’abord, cette réussite repose sur une galerie de personnages particulièrement attachants. Au premier rang se trouve l’étonnante relation entre Mabel, une jeune humaine soucieuse du bien-être des animaux, et George, roi débonnaire des mammifères. Leur duo fonctionne à merveille, oscillant entre camaraderie maladroite et respect mutuel, et sert de véritable colonne vertébrale émotionnelle au récit. Autour d’eux gravite toute une faune haute en couleur qui contribue à la richesse comique du film, tout en renforçant son propos écologique. Cependant, la structure narrative reste traditionnelle lorsqu’il s’agit d’aborder la souffrance du monde animal face à l’urbanisation galopante imposée par les humains. Mais Jumpers parvient à contourner ce classicisme grâce à plusieurs retournements de situation, qui entraînent progressivement le récit vers une science-fiction satirique aussi surprenante que réjouissante.
Ce rythme effréné constitue à la fois la grande force et la principale limite du film. À force de courir sans cesse vers le gag ou l’action suivante, certaines séquences émotionnelles semblent parfois un peu forcées. C’est notamment le cas de la relation entre Mabel et sa grand-mère, pourtant centrale dans la trajectoire du personnage. L’intention est touchante, notamment au cours d’une première séquence lorgnant du côté de celle de Là-Haut sans jamais la toucher du doigt, mais l’émotion aurait gagné à être amenée avec davantage de subtilité. À plusieurs moments, le spectateur sent un peu trop clairement le cahier des charges émotionnel typique de Pixar, comme si le film s’arrêtait brièvement pour cocher la case « moment bouleversant ». Avec un traitement plus délicat, Jumpers aurait sans doute pu rivaliser avec les sommets émotionnels des meilleurs films du studio américain.

Le film n’en demeure pas moins porté par des thématiques fortes. Derrière son humour débridé se cache une véritable réflexion écologique, nourrie par de beaux messages de solidarité entre espèces. L’idée centrale — celle d’un monde où l’expansion humaine menace l’équilibre du vivant — trouve plusieurs développements intéressants, même si la résolution finale apparaît plus discutable. Le récit pose en filigrane une question essentielle : l’humanité peut-elle poursuivre ses projets de développement sans causer de tort irréversible au monde animal ? Malheureusement, le film n’ose pas aller totalement au bout de cette interrogation, préférant une conclusion plus consensuelle qui atténue la portée de sa réflexion. Mais pouvait-il en être autrement dans l’époque anti-progressiste que nous vivons ?
Visuellement, le long-métrage de Daniel Chong impressionne par une animation 3D qui navigue habilement entre deux registres. D’un côté, une véritable poésie se dégage des environnements naturels, notamment lors des séquences autour de l’étang où Mabel trouve refuge — des moments contemplatifs qui réchauffent le cœur et rappellent le talent du studio pour la mise en scène du vivant. De l’autre, les personnages adoptent un style beaucoup plus cartoonesque, avec des animaux et des humains aux expressions exagérées qui servent parfaitement l’énergie burlesque du film. Ajoutez à cela une multitude de clins d’œil savoureux au cinéma — de suspense hitchcockien à l’ampleur spectaculaire (ou quasi horrifique) de certains blockbusters de science-fiction — et vous obtenez une aventure au dynamisme irrésistible.
Survolté mais jamais chaotique, Jumpers s’impose ainsi comme un divertissement familial particulièrement maître de son art. Extrêmement drôle, relativement touchant et poétiquement construit, il se révèle être une œuvre imparfaite, certes, mais généreuse, inventive et résolument vivante.
En salles depuis le 4 mars 23026 via Disney France.