(Critique) Planètes de Momoko Seto

Avec Planètes, Momoko Seto nous offre un magnifique premier long-métrage sous forme d’odyssée sensorielle où l’infiniment grand dialogue avec l’infiniment petit. Tout commence dans le cosmos : une immensité sidérale qui, par la magie d’un fondu enchaîné, se mue en fleur de pissenlit. En un seul mouvement, le vertige spatial devient frisson végétal. Le geste est programmatique : il ne s’agira pas seulement de contempler l’univers, mais de le redécouvrir à hauteur de pollen. L’heure est venue pour moi de vous en dire plus sur cette oeuvre fascinante à découvrir sur le plus grand écran possible…

Résumé : Quatre graines de pissenlit rescapées d’explosions nucléaires qui détruisent la Terre, se trouvent projetées dans le cosmos. Après s’être échouées sur une planète inconnue, elles partent à la quête d’un sol propice à la survie de leur espèce.

Copyright Miyu Productions

Le film déploie ainsi une méditation sensible sur la fragilité du monde et de ses beautés fugitives. Les météorites s’abattent comme des catastrophes mythologiques, embrasant des papillons dont les ailes deviennent des torches. Une simple limace, créature anodine de nos jardins, se transforme en monstre face à des personnages végétaux démunis. Tout est affaire de point de vue : ce qui est minuscule pour nous devient apocalypse pour d’autres. Planètes joue constamment sur ce décalage d’échelle pour rappeler combien la vie tient à peu de chose. Le choix de faire des graines de pissenlit les protagonistes du récit n’est pas anodin : il questionne la fragilité du vivant face au grand tout qu’est l’univers.

Mais loin d’un discours appuyé, le film préfère l’épure et la suggestion. Sans dialogues, ses personnages expriment des sentiments d’une noblesse inattendue : entraide, altruisme, amour, volonté farouche de survivre. Le silence n’est jamais un vide ; il est l’espace où se logent les émotions. On se surprend à s’émouvoir du destin de simples tiges portées par le vent, ballotées par les éléments, séparées par les caprices météorologiques avant d’espérer des retrouvailles. Cette capacité à insuffler de l’humanité au vivant évoque immanquablement l’esprit de Minuscule : La vie privée des insectes qui savait déjà transformer l’herbe d’un talus en théâtre épique. La tonalité n’est pas la même : humoristique et décalée pour la vie secrète des insectes, elle se fait poétique et tragique pour la quête des graines de pissenlit.

Copyright Miyu Productions

Visuellement, Planètes fascine par sa représentation de l’éphémère. Le temps y est matière vivante : il fait éclore, grandir et faner. Cette obsession du cycle naturel, de la naissance à la disparition, confère au film une tonalité à la fois mélancolique et lumineuse. Il y a dans cette croissance filmée quelque chose de profondément organique qui peut laisser sur le carreau les spectateurs avides de surprises. Dès le début, on se doute du grand final empli de poésie, mais le voyage est si riche et fascinant qu’il est capable de plaire à toutes les générations. La bande originale électronique et éthérée accompagne cette respiration cosmique. Les nappes synthétiques se mêlent aux bruissements du vent, magnifiant des images animées incroyables. Le « vivant » devient musique : certaines plantes ondulent comme des instruments à vent, et les partitions semblent littéralement éclore à l’écran. 

Planètes est de ces œuvres qui ne se livrent pas immédiatement. Il faut accepter de se laisser cueillir, et de contempler de simples pissenlits comprenant une galaxie entière. À cette condition, le film devient une expérience contemplative précieuse, une invitation à ralentir pour mieux redécouvrir le vivant. Un rappel délicat que, dans chaque fragment de nature, sommeille un résumé de tout ce qui nous entoure. Et oui, une graine de pissenlit a aussi un début et une fin, comme nous. 

En salles le 11 mars 2026 via Gebeka Films

Nourri aux univers animés depuis la découverte de "Kirikou et la sorcière" en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012 et est l'auteur d'un ouvrage somme sur la carrière de Michel Ocelot (chez Third Editions).

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