(Critique) La chance sourit à madame Nikuko d’Ayumu Watanabe

Après son envoutant long-métrage précédent, Les enfants de la mer, Ayumu Watanabe nous livre encore une production des plus charmantes en contant la relation ô combien réaliste d’une mère célibataire et de sa fille. Un film doux amer qui émeut beaucoup tout en déployant une imagerie fascinante qui sait toucher au coeur. Assurément l’une des meilleures sorties de ce mois de juin qui confirme tout le bien que l’on pense du réalisateur nippon !

Résumé : Nikuko est une mère célibataire bien en chair et fière de l’être, tout en désir et joie de vivre – un véritable outrage à la culture patriarcale japonaise ! Elle aime bien manger, plaisanter, et a un faible pour des hommes qui n’en valent pas toujours la peine. Après avoir ballotté sa fille Kikurin la moitié de sa vie, elle s’installe dans un petit village de pêcheurs et trouve un travail dans un restaurant traditionnel. Kikurin ne veut pas ressembler à sa mère et ses relations avec Nikuko ne sont pas toujours simples. Jusqu’au jour où ressurgit un secret du passé.

(c) Eurozoom

Le décor du film est rapidement planté dès la première séquence très inventive du film qui conte le passé amoureux de Nikuko, figure centrale du scénario qui catalyse tous les fils narratifs, entre amours contrariés et relations inachevées avec des hommes mal intentionnés. Avec un tel postulat, l’intrigue et ses personnages auraient rapidement pu prendre des atours tragiques mais le scénario fait plutôt de Nikuko une force de la nature, résiliente au possible. L’extravagance de cette femme en surpoids est une ode à la bienveillance (à l’image d’une séquence à la naïveté rassurante durant laquelle Nikuko glisse auprès d’un pingouin) et contraste avec l’âge complexé de sa fille. A l’extrême opposé de sa mère, la jeune femme se révèle distante et mesurée, y compris dans un dernier tiers filmique des plus surprenants.

Tout est une question de filiation dans La chance sourit à madame Nikuko (on croirait presque découvrir un Hirokazu Kore-Eda animé) : peinant à se retrouver dans l’image de cette mère exubérante, Kikuko se questionne et s’inquiète de l’arrivée d’une inévitable féminité. La mise en scène ne lésine d’ailleurs pas sur le symbolisme et les métaphores pour nous délivrer son histoire de coeurs brisés, à l’image de deux poissons rouges vivotant dans un bocal rond pour retranscrire l’improbable association de deux femmes solidaires. Graphiquement, le nouveau projet d’Ayume Watanabe est un délice puisqu’il se joue des possibilités infinies de l’animation pour modeler à sa guise le corps cartoonesque de Nikuko tout en magnifiant la ville portuaire, toile de fond du récit. Un bonbon doux aux plaisirs narratifs évidents qui met du baume au coeur pour entamer la période estivale.

(c) Eurozoom

La force du film réside plus dans son message que dans sa construction un brin forcée en fin de métrage qui délivre les tenants et les aboutissants de son histoire sans véritable subtilité. Mais quel message ! La joie et l’insouciance (et les plaisirs simples de la vie tels que la nourriture) prennent alors l’allure de remèdes contre les affres de la vie. L’imposant procédé narratif qui s’empare du dernier tiers scénaristique lève alors le voile sur une amitié des plus touchantes. Le film d’Ayume Watanabe est une belle fable sur l’importance des liens de vie en lieu et place des liens du sang.

Vous l’aurez compris, La chance sourit à madame Nikuko est un concentré de joie, de bienveillance et de sentiments qui vous transportera dans une aventure humaine aux charmes infinis. Une séance qui ravira petits (pas trop tout de même car l’intrigue se joue surtout dans les dialogues, notamment dans son dernier tiers) et grands !

(c) Eurozoom

Un dernier conseil pour la route : prévoyez un bon repas à l’issue de votre séance car le long-métrage comporte d’innombrables plans sur de la nourriture et accorde une forte place aux plats préparés avec minutie.

Nourri aux univers animés depuis la découverte de Kirikou et la sorcière en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012.

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