Rencontre avec les créateurs de “Même les souris vont au paradis”

Au cours du Festival d’animation d’Annecy (sur lequel nous ne tarissons pas d’éloges, vous en conviendrez), Davy a rencontré l’équipe derrière le touchant film en stop-motion, Même les souris vont au paradis (dont notre critique est à lire ici) : Denisa Grimmová et Jan Bubeníček (co-réalisateurs du long-métrage) et Vladimír Lhoták (producteur).

Davy : Parlez-nous du projet, comment a-t-il démarré ?

Vladimir : Le projet a démarré en 2010 lorsque Denisa m’a exposé son idée, alors que nous nous connaissions depuis l’époque de notre école cinématographique.

Elle voulait donc adapter le livre d’Iva Procházková et on s’est rapidement dit que ce serait super de l’adapter en film d’animation. On a commencé à travailler dessus, mais comme le livre de base aurait été parfait en court métrage, on a dû compléter et adapter l’histoire pour qu’elle soit retranscrite en long métrage.

En2014, nous sommes venus présenter le projet au MIFA et cela a rapidement accéléré les choses. Nous avons d’ailleurs rencontré Alexandre Charlet du studio “Les films du cygne” qui s’est rapidement intéressé au projet . Nous avons mis 3 à 4 ans pour trouver les financements du film et nous avons pu commencer le tournage à la fin 2018. Il nous aura fallu 14 mois pour tout tourner, le film a été terminé en décembre 2020.

En tout, le film aura pris 10 ans à être réalisé !

Le projet initial était donc de Denisa, quand est intervenu Jan sur le projet ?

Jan : Nous nous connaissons également depuis l’école, avons été des amis de longue date et maintenant nous sommes mariés.

Denisa voulait quelqu’un pour coopérer car elle savait que ce serait un gros projet. Elle pensait avoir besoin d’aide durant toute la durée de celui-ci. Comme je suis superviseur d’effets visuels, je suis venu aider pour le teaser qui a servi lors de la présentation au MIFA et après je suis resté travailler sur le film.

(c) Les Films du Cygne / Gebeka Films

Pourquoi vouliez-vous développer l’histoire de ce livre en particulier ?

Jan : A l’origine nous trouvions l’histoire très intéressante avec un petit twist à la fin. Il y avait du potentiel pour un film d’animation grâce aux personnages représentés par des animaux. Il y a une morale qui traite d’un sujet qui intéresse beaucoup les thérapeutes, notamment pour les familles qui ont perdu un proche. Tout le monde s’accorde à dire que c’est un sujet important, nous en parlons ici de manière très ouverte et accessible aux enfants, grâce aux personnages et aux scènes d’humour qui parcourent le film.

Pourtant certains partenaires craignaient que le sujet freine une partie des parents d’amener leurs enfants voir le film. Pourquoi parlerions-nous seulement aux parents de ce sujet ? Nous voyons bien qu’il est de plus en plus traité, notamment avec les films Coco et Soul des studios Pixar Animation.

Il est relativement important de parler du sujet aux enfants, de manière honnête, mais bien sûr en adaptant le discours au public. Cela a été une grande motivation pour nous.

Contrairement à un film comme Zootopia, qui est justement une utopie, nous voulions que les enfants voient le monde tel qu’il est, en acceptant le fait que les souris et les renards ne peuvent pas forcément s’entendre dans la nature par exemple.

Comment la pandémie a pu impacter la réalisation du film ?

Vladimir : Nous avons eu de la chance de finir le tournage avant le 1er confinement, donc la post-production et l’ajout des effets visuels ont pu être réalisés à distance. Le plus gros du travail à été réalisé à Annecy, Strasbourg et Marseille, mais tout le tournage a pu être terminé dans les temps. A la base nous voulions présenter le projet au festival d’Annecy en 2020, donc nous avons été un peu impacté mais pas tant que ça, car le film devait être terminé à la base pour cette échéance.

Le film ayant été prévu d’être “tourné” en langue anglaise, nous avions pu réaliser les enregistrements avant la pandémie, mais quand il a fallu refaire quelques prises, cela a été un peu plus compliqué. Les acteurs ont eu un peu plus de mal à réaliser les prises à domicile, nous avons même dû faire quelques prises via Skype et faire travailler les ingénieurs du son pour en rendre une qualité optimale.

(c) Les Films du Cygne / Gebeka Films

Pourquoi avoir choisi le stop motion pour ce film ?

Jan : Nous avions déjà pu expérimenter cette technique lors de précédents projets, c’est pourquoi nous avons rapidement opté pour ce type d’animation. Cela restait également à notre portée, car nous n’avons pas forcément les moyens de réaliser de grands films d’animation en 3D. Mais en République Tchèque nous avons toujours eu un penchant pour réaliser des films d’animation en stop-motion (sur le sujet, nous vous renvoyons à notre article sur l’ouvrage écrit par Xavier Kawa-Topor).

Un avantage avec le stop motion, c’est que nous pouvons montrer des objets de n’importe quelle distance sans perdre en qualité d’affichage.

Il y a toutefois certains éléments en CGI car il aurait fallu avoir un espace gigantesque pour réaliser certains décors, notamment pour la scène de la fête foraine (remarque de Davy : cela se voit d’ailleurs). Certaines scènes sont également entièrement en CGI, comme le passage dans la mine, car il fallait bouger la caméra trop rapidement et cela aurait été impossible de tout réaliser à la main en gardant un rendu fluide et agréable à regarder.

Propos recueillis par Davy en juin 2021.

Nourri aux univers animés depuis la découverte de Kirikou et la sorcière en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012.

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