(Sortie vidéo) En sortant de l’école (saison 8) d’Andrée Chedid

Mettre à l’honneur les textes d’une poétesse française par le biais de courts films d’animation pensés par des jeunes réalisatrices prometteuses, en voilà une bonne idée ! La saison 8 de la série « En sortant de l’école » chapeautée par les studios Folimage offre treize trésors animés rassemblés pour une sortie en DVD. Entrer dans les détails de chacun d’eux serait chronophage mais l’envie de partager quelques ressentis au fil des découvertes est trop grand pour y résister ! En moins de trois minutes chacun, ces courts films surprennent par leurs originalités.

Epreuve du matin de Masa Avramovic : une esthétique 2D crayonnée aux traits enfantins qui anime la nature. On y découvre une astucieuse personnification d’un lever de soleil enthousiasmant et une célébration pleine de poésie. Joliment enfantin !

Ce lieu de Daniella Schnitzer : une jeune fille en noir et blanc vivote dans un univers jaunâtre (comme sur l’image ci-dessus). Le choc est donc grand lors de son arrivée en ville ! Ce personne mutique est alors noyée dans un océan de fenêtres et cherche à trouver une part de nature dans une cité surmenée.

Le rire de Capucine Gougelet : une esthétique plus géométrique et abstraite qui fait la part belle à l’inventivité graphique. Un film plus exigeant que les précédents où la vie est morose quand il n’y a pas de rire (tout est alors en noir et blanc).

Destination : arbre de Marie Deboissy : une esthétique gouachée plus mature que les trois récits ayant précédé. Mathieu Chédid assure la voix off. « Parcourir l’arbre. Se lier au jardin. Se lier aux forêts. (…) Peu à peu, s’affranchir des sols et des racines. » Le poème a beaucoup plus de place que dans les films précédents et la réalisatrice nous offre alors l’une des propositions les plus fortes de cette compilation. Mon coup de coeur avec le film suivant !

Les filles du vent d’Héloïse Ferlay : une proposition en stop-motion (et vous savez à quel point je vénère cette technique) qui donne beaucoup de place aux éclairages et au son. Un court fougueux et ensoleillé qui intime l’envol. Fascinant !

Bricolage de Salomé Hammann : une esthétique colorée en 2D et pleine de fluidité, en quête d’osmose. Le film délivre un propos touchant sur la maternité et la métamorphose des formes et des choses à l’écran. Une jolie fable aux charmes indéniables.

Qui reste debout ? de Jaimeen Desai : une imagerie 2D inspirée de fresques théologiques. Plus cartoonesque que les précédents films de la saison mais riche en humour, le court-métrage met aussi en scène une divinité indienne personnifiée et un twist final savoureux. Truculent !

Les mouettes de Lara Mattelart : un court en stop-motion qui propose une imagerie résolument sommaire mais à la poésie évidente. La réalisatrice nous prend par la main pour nous conter une relation touchante entre générations qui s’achève par une ellipse déchirante.

Pas de clé à la poésie d’Islena Neira : des traits plus anguleux que les précédents films. Un univers onirique qui défie les lois de la nature pour imager les réflexions compliquées d’une jeune élève. Tout est possible, y compris y croiser un crayon-poule ! Le film gagne en onirisme ce qu’il perd en émotion par rapport aux autres propositions animées de la saison.

Vitalité d’Emilie Mereghetti : une imagerie peinte qui contraste fortement avec l’accessibilité des propositions précédentes. On vit de l’intérieur une existence de femme ronde qui s’abreuve de l’espérance extérieure. Une vie par procuration dans l’esthétique bleutée du film qui s’achève heureusement par un élan d’optimisme et d’ouverture salvateur. Les teintes orangées s’imposent alors.

Regarder l’enfance de Camille Scudier : une nouvelle proposition en stop-motion (youpi !). Un retour plein de sentiments sur l’existence d’un vieil homme qui s’engage dans un jeu avec lui-même lorsqu’il était enfant. Sobre mais délicieusement poétique et profondément existentialisite !

Intervalles de Mitchelle Tamariz : une sucrerie vive célébrant l’art de la pâtisserie dans une esthétique cartoonesque aux tons bleutés et orangés qui mettent l’eau à la bouche. Mignon, gourmand et plaisant.

La fringale de Raphaëlle Martinez : une esthétique très scolaire en collage qui sied bien au propos éducatif du film. Une maîtresse se démène pour gérer ses élèves à la cantine. Un foisonnement de papiers découpés dans un ballet musical réjouissant.

Vous l’aurez compris, si les mots d’Andrée Chedid sont à l’honneur, il y en a pourtant pour tous les goûts dans ces films si différents aux accents si touchants. Vous auriez tort de vous en priver et l’on ne peut que surveiller de près les prochaines créations de ces créatrices (et un créateur !) aux inspirations manifestes !

EDITION VIDEO

Les treize épisodes sont mis en valeur dans un joli digipack cartonné en deux volets qui dévoile les portraits des réalisatrices (et un réalisateur) au travail sur le film. Une édition physique soignée. On remercie Folimage pour ce bel envoi qui accompagnera la rentrée avec plaisir !

Image & Son : de beaux transferts pour magnifier ces films aux esthétiques si différentes. Les couleurs sont bien retranscrites et le format d’image honore ces propositions éclectiques. Qu’il s’agisse de 2D, de stop-motion ou de collage, les choix artistiques sont mis à l’honneur par une image basse définition qui recèle pourtant de beaux instants.

Du côté du son, on retrouve les traditionnelles pistes en Dolby Audio 5.1 ou 2.0 : de bonnes mises en valeur des voix off portées par la famille Chedid (Anna, Billie, Emilie, Joseph, Louis & Matthieu se sont prêtés à l’exercice), mais également des compositions musicales rythmant ces univers fantasmagoriques.

Interactivités :

  • Bande-annonce du film (1min17)
  • Diaporama : préparation et tournage film par film : des images préparatoires des films se succèdent mais il aurait été si passionnant d’entendre leurs réalisatrices s’exprimer sur leurs préparations. Ce sont de belles images et elles sont nombreuses (environ 300!) mais la présence de voix off aurait été tellement enrichissante !

Les mots d’Andrée Chedid initient d’étranges aventures animées aux traits diversifiés dans cette compilation de treize courts-métrages qui méritent le coup d’oeil. Une séance qui a tout ce qu’il faut pour toucher le coeur d’un large public : ne vous y trompez pas, ces courts récits peuvent plaire à toute la famille tant la vie est au coeur de leurs propos !

Nourri aux univers animés depuis la découverte de Kirikou et la sorcière en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012.

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