(Aperçu) Le Pharaon, le sauvage et la maîtresse des confitures de Michel Ocelot

Il y a des rencontres qui marquent une vie : celle de Michel Ocelot au coeur de son studio parisien le 29 décembre 2021 est de celles-là. Au gré d’un projet d’envergure (l’écriture d’un essai cinématographique sur la filmographie du réalisateur de Kirikou et la sorcière : en quête d’un éditeur, si vous passez par là !), j’ai rencontré ce conteur hors-pair et ai pu en savoir plus sur son prochain projet dont l’avant-première mondiale devrait avoir lieu au Festival d’animation d’Annecy 2022.

Prévu à l’automne prochain dans les salles obscures, le film au titre incertain (Trois contes pour le plaisir, d’après le site du distributeur Nord-Ouest Films) sera la compilation de trois moyens-métrages aux récits et techniques d’animation diversifiées. Reliées par les propos d’une conteuse en bleu de travail, les trois histoires devraient, une fois encore, mettre l’accent sur des sujets forts au coeur de nos sociétés tout en démultipliant la merveille si chère aux yeux du créateur infatigable. Encore en production, le triptyque se construit de Bruxelles à la Lorraine, au gré des déplacements de son créateur en chef pour superviser le travail de ses équipes.

L’heure est donc venue de vous partager les propos de Michel Ocelot en personne pour vous présenter ces trois films à venir :

(c) Nord-Ouest Productions / Studio O

Michel Ocelot : Le premier titre était « Trois contes pour le plaisir » car je veux d’abord donner du plaisir mais c’est finalement le titre de tous mes films. Le deuxième titre est « Le pharaon, le sauvage et la maîtresse des confitures » : c’est mieux, mais on me dit que c’est trop long. Une troisième possibilité serait « Pharaon ! » avec pour sous-titre « Et le sauvage et la princesse » mais avec « princesse » je crains de faire peur aux gens. Encore une princesse ! D’ailleurs, dans le prologue, il y a un dialogue entre la conteuse et le public au cours duquel un spectateur affirme « On en a marre des princesses ». Une manière astucieuse de prendre du recul sur mes propres traditions.

Il y a donc trois contes qui ne ressemblent pas mais l’on mettra sûrement l’accent sur le pharaon. Le premier vient des hasards de la vie. Le président-directeur du Louvre m’a invité à venir le rencontrer pour une collaboration. A priori, on n’avait rien à faire ensemble mais leur prochaine exposition temporaire sera sur une dynastie kushit venue du Nord du Soudan, c’est-à-dire des pharaons noirs (même s’ils ne le disent pas comme ça). L’Egypte dont je suis amoureux depuis la classe de 6ème et l’Afrique qui me parle se rassemblent dans mon film. Le sujet a plu au Louvre mais c’est un hasard. Il s’agit d’un film historique qui n’en reste pas moins une fantaisie qui n’a jamais eu lieu.

(c) Nord-Ouest Productions / Studio O

En scénariste de talent qu’il est, le réalisateur compose lui-même ses récits tout en s’inspirant d’intrigues glanées au fil de ses lectures. C’est ainsi qu’est née l’idée du second moyen-métrage du film à venir…

Michel Ocelot : Le second film est une histoire d’après Henri Pourrat, auteur auvergnat amoureux de sa province. J’avais laissé un marque-pages dans son volume de contes et après avoir terminé Dilili à Paris, mon cerveau avait le droit de fonctionner dans d’autres directions. J’ai ouvert le livre et j’ai écrit l’histoire qui me plaisait. Ce sera très auvergnat car je respecterai autant l’Auvergne que je l’ai fait avec le Japon, le Tibet ou la Perse. Il s’agira d’un film un peu médiéval, en silhouettes.

(c) Nord-Ouest Productions / Studio O

Michel Ocelot : Et le dernier est une fantaisie XVIIIème. Je n’essaie pas du tout d’être réaliste ou historique, je raconte ce que j’ai envie de raconter. Il s’agit d’une historiette un peu insolente dans des décors et des costumes turques mais il n’y a aucune volonté de relater une quelconque vérité sur l’histoire de la Turquie. C’est splendide avec des très beaux décors et des costumes étonnants.

La suite de l’entretien (qui a duré plus d’une heure) avec Michel Ocelot sera à retrouver dans l’ouvrage à paraître que je consacre au réalisateur et ses innombrables contes animés.

Trois films, trois techniques d’animation :

  • un conte égyptien plat, comme les peintures égyptiennes : première image
  • un film en silhouettes (comme dans le système Ciné Si et Les Contes de la nuit) : deuxième image
  • un film en 3D (qui rappellera Azur & Asmar) : troisième image

On se donne rendez-vous en cours d’année pour reparler de ce long-métrage déguisé dans la droite lignée des contes d’Ocelot !

Nourri aux univers animés depuis la découverte de Kirikou et la sorcière en 1998, Nathan porte son regard critique et analytique sur l'univers des longs-métrages. Il est rédacteur sur Focus on Animation depuis 2012.

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